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21 mars 2008

MAIS QUE VEUT DONC LE MODEM ?

Ou :

De l’art de jeter un peu plus le discrédit sur la classe politique



L’attitude du Modem et de ses élus reste, depuis les élections présidentielles de 2007, pour le moins obscure et mystérieuse. Si j’osais, je dirais même qu’elle est totalement opportuniste.

Le MoDem, fut un temps, représentait une Troisième Voie, selon le slogan « Ni Gauche, ni Droite ». Cet adage semblait d’ailleurs avoir fait mouche dans l’électorat, en particulier dans l’électorat de gauche qui ne se reconnaissait plus ni dans les combats fratricides des chefs, ni dans les convictions exprimées par ses différents candidats aux divers investitures. Probablement avait-il également touché les abstentionnistes réguliers, dégoûtés de la politique selon l’idée que « de toute façon, la Droite, la Gauche, c’est pareil… »…

Toutefois, dès le départ, cette pseudo indépendance était tronquée. En effet, l’appartenance historique du Modem / UDF au centre-droit laissait supposer que ce tout nouveau parti céderait tôt ou tard aux sirènes de l’UMP (1).

Il y a encore peu de temps, à l’occasion de la création du MoDem, le 2 décembre dernier, j’écrivais ceci :

« Sur la tribune même, Thierry Benoit, élu MoDem en juin aux législatives quitte le nouveau parti : "Les centristes doivent travailler avec le gouvernement, ils doivent avoir un apport de modération et de tempérance… C'est ici que nos chemins se séparent. »…


"Nous allons vivre des temps difficiles", prévient aujourd'hui François Bayrou ceux qui le rejoignent.


Ce sera d’autant plus difficile que le MoDem est un parti en manque d’identité politique, ni droite ni gauche tout en étant un coup à droite, un coup à gauche.
Ce sera d’autant plus difficile que le MoDem est un parti dont la base est principalement issue du PS mais les cadres issus de courants de droite.
Ce sera d’autant plus difficile que l’effet « Bayrou » observé lors de la présidentielle est déjà retombé, comme un feu de paille. »


Et aujourd’hui encore il éveille en moi la colère.

La raison ? L’élection du Président du Conseil général de Côte d’Or, département qui est cher à mon coeur.


Les élections cantonales de dimanche dernier ont en effet donné la possibilité au département de basculer à Gauche (actuellement dirigé par l’UMP Louis de Broissia). A égalité parfaite (21 sièges chacune), la Gauche et la Droite voyaient leur lutte arbitrée par le seul élu MoDem du département : Marc Frot.

Marc Frot a remporté dimanche dernier son siège de Conseiller Général grâce au soutien de la Gauche contre le candidat UMP, sur le canton de Baigneux-les-Juifs.

Il eût été logique que Marc Frot accordât son soutien à Jean-Claude Robert, candidat du PS à la Présidence du Conseil Général.
Et pourtant l’élu MoDem a profité de la semaine pour faire du chantage à l’un puis à l’autre des camps : il a même avoué dans les médias vouloir s’offrir au plus offrant…

Mais au moment du vote, l’élu MoDem a retourné sa veste et a remercié le PS pour son élection en votant pour M. Sauvadet, candidat UMP à la Présidence de la Côte d’Or.

Une fois de plus, le MoDem montre son vrai visage : ni Gauche ni Droite ? « Ni Gauche ni Droite » , c’est bon pour les grandes théories, pour les grandes orientations, pour les grands principes. Mais en période d’élection, c’est plutôt « Avec la Gauche et avec la Droite… s’il y a des sièges à obtenir ».

Tiens, ça me fait penser que chez nous, à Saint-Nicolas de Port, l’UMP n’a pas investi de candidat face au maire-candiat du MoDem, M. Binsinger…

***** 

"Reconstruisons ensemble la gauche de demain !"

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(1) Pour comparer avec la situation présente, il faut également se rappeler des rapports de force en 2007 :
Pour l’UMP, l’UDF fait toujours partie de la majorité de droite, y compris en vue des prochaines élections législatives : « La position reste celle qui a été arrêtée lors du bureau politique du 5 juillet 2006 : nous ne présenterons aucun UMP face à un UDF sortant. Nous considérons que l’UDF fait toujours partie de la majorité » Alain MARLEIX, secrétaire national aux élections de l’UMP, cité dans la lettre de Profession politique, mars 2007.

L’UDF de François Bayrou et l’UMP de Nicolas Sarkozy gèrent en effet ensemble 30 Conseils généraux et 71 communes de plus de 30 000 habitants. A commencer par leurs propres départements d’élection, puisque le Conseil général des Hauts de Seine présidé par Sarkozy a accordé 3 vice-présidences à l’UDF et que de même le Conseil général des Pyrénées atlantiques présidé par un UDF a accordé 5 vice-présidences à l’UMP.
Dans les départements

Il y a 8 présidents de conseil général UDF. Ils gouvernent TOUJOURS avec l’UMP et ont tous des vice-présidents de la majorité gouvernementale :

• Dans le CALVADOS (14), depuis 1991, la présidente est Anne d’ORNANO, femme de l’ancien président Michel d’ORNANO. Sa suppléante de l’époque à l’Assemblée nationale, Nicole AMELINE, a été ministre UMP de JUPPE et de RAFFARIN (3 fois). Sur 49 Conseillers généraux, la majorité est composée de 17 DVD, 8 UDF, 5 UMP. Sur 14 vice-présidents, tous de droite, 3 sont UMP dont Ambroise DUPONT, sénateur.

• Dans le LOIR ET CHER (41), le président, Maurice LEROY, député UDF, est porte-parole du candidat François BAYROU. L’UDF a la majorité presque à elle seule avec 14 CG sur 30. Les 6 UMP se font appeler « indépendants dans la majorité ». « Indépendants », peut-être, mais ils bénéficient de 2 vice-présidences dont une pour Patrice MARTIN-LALANDE, député UMP, rapporteur du budget des médias à l’Assemblée nationale. A noter que Nicolas PERRUCHOT, maire de Blois, député UDF, s’est abstenu pour la motion de censure contre le gouvernement votée par BAYROU. Dans sa ville, Les adjoints RPF (parti de Charles Pasqua) ont en charge l’éducation, la jeunesse, la politique de la ville, le logement… Les jeunes UMP du Loir et Cher ont interpellé l’UDF le 28 février dernier dans le quotidien régional la Nouvelle République. Ils rappellent que les élus UDF dans le département l’ont été grâce aux voix de l’UMP. Ils leur demandent de « rentrer au bercail » de la droite.

• Dans la MAYENNE (53), le président Jean ARTHUIS est un proche de BAYROU, président de la commission des finances du Sénat, ancien ministre. Sur 32 conseillers généraux, 24 sont de la majorité départementale (5 UDF / 5 UMP, le reste divers droite). 2 vice-présidents UMP, dont le député Marc BERNIER. Nom du groupe : Union pour une majorité Départementale … UMD.

• Dans le MORBIHAN (56), le président, Joseph KERGUERIS, est sénateur UDF. Il a hérité cette présidence de Raymond MARCELLIN, 16 fois ministre, ministre de l'intérieur de DE GAULLE puis POMPIDOU de 1968 à 1974, responsable des écoutes du Canard enchaîné en 1973. Le Conseil général compte 10 vice-présidents dont 6 UMP. Aimé KERGUERIS, cousin du président est député UMP. Il est aussi vice-président. La famille ne se déchire pas vraiment…

• Dans les PYRENEES ATLANTIQUES (64), le président est Jean-Jacques LASSERRE. Il y a 29 conseillers généraux (sur 52) de majorité : 19 sont UDF et le plus célèbre est François BAYROU lui-même. Il n’est d’ailleurs intervenu qu’une seule fois en séance sur les questions locales depuis 2002. Les 10 UMP qui font partie de la majorité (dont Daniel POULOU député UMP) ont 3 vice-présidences et 2 présidences de commission : Infrastructures / transports et Aménagement du territoire / politiques contractuelles. Le groupe de la gauche plurielle, avec pourtant 21 élus, est placardisé.

• Dans le HAUT-RHIN (68), le président est Charles BUTTNER. Il peut compter sur 5 UDF sur 31, mais aussi sur 2 vice-présidents UMP qui bénéficie aussi de 4 présidences de commission, dont la première : Finances. Le conseil Général a une politique très à droite : aucune critique contre la décentralisation RAFFARIN mais attaques contre l’APA, peu de soutien aux entreprises en difficulté, arrêt de la politique de délégation de service social à certaines associations.

• Dans le RHÔNE (69), le président Michel MERCIER, sénateur, est très actif dans la campagne de BAYROU. Sur 54 Conseillers généraux, 20 sont UDF, 11 sont UMP dans la majorité. Sur 15 vice-présidents (+ 2 vice-présidents délégués), il y a 6 UMP dont Dominique PERBEN, ministre des transports. L’UMP bénéficie de 2 présidences de commission : Finances et affaires sociales.

• Dans la SOMME (80), le président Daniel DUBOIS, sénateur, est de la mouvance de ROBIEN, seul ministre UDF dans le gouvernement. Il dirige une majorité départementale fragile, 24 conseillers sur 46, avec des UDF, des UMP des DVD et 2 élus Chasse Pêche Nature et Tradition qui font la différence.
On peut noter certains vice-présidents marquants : Pierre MARTIN, sénateur UMP, Jérôme BIGNON député UMP, Yves BUTTEL ancien député européen villiériste, élu CPNT. Pas de vagues, toute la droite est sous la tutelle de de ROBIEN qui n’a toujours pas apporté de soutien officiel.


Dans les départements gérés par l’UMP, l’UDF est TOUJOURS dans la majorité, souvent dans les vice-présidences :

• Dans les HAUTS DE SEINE (92) présidé par le ministre d’Etat ministre de l’intérieur président de l’UMP candidat à l’élection présidentielle Nicolas SARKOZY il y a trois vice-présidents UDF et apparentés : Odile FOURCADE, Philippe LAURENT et Hervé MARSEILLE. MARSEILLE a été suspendu de l’UDF pour s’être rallié à la candidature SARKOZY. Pierre Christophe BAGUET, député, président de la commission des finances, est TOUJOURS président du groupe UDF et apparentés malgré son exclusion du groupe UDF de l’Assemblée nationale.

• Dans la LOIRE (42), François ROCHEBLOINE, député UDF, est vice-président du Conseil général dont le président est l’UMP… Pascal CLEMENT, ministre de la justice, garde des Sceaux. L’UDF soutient le candidat sortant UMP, Yves NICOLIN, dans la 5e circonscription aux prochaines législatives. Dans le même département, une cantonale partielle a été convoquée en catastrophe les 25 mars et 1er avril pour remplacer l'UMP Georges BERNE, condamné définitivement le 24 janvier par la cour de Cassation pour trafic d'influence et harcèlement sexuel. Son remplaçant putatif, candidat de la droite unie, soutenue par la majorité départe-mentale UMP s'appelle Jean-François BARNIER. Il est ... UDF.

• En COTE D’OR (21), présidée par le sénateur sarkozyste Louis de BROISSIA, François SAUVADET, député UDF, porte parole du candidat BAYROU, est premier vice-président ET co-président du groupe de la majorité.

• En VENDEE (85), présidée par Philippe de VILLIERS, un sénateur UDF, Jean-Claude MERCERON, est membre de la majorité et vice-président.

• Dans l'AIN (01), le président du Conseil Général est UMP, la majorité est UMP (17)-DVD (6)-UDF (2), l'exécutif est composé de 8 UMP et 2 DVD. Aucun problème de cohabitation pour l'instant. Lors d'une cantonale partielle qui s'est déroulée les 25 février et 4 mars 2007, l'UMP et l'UDF ont soutenu dès le premier tour la même candidate DVD, Mme Ginette FRAPPE, élue face à la socialiste Christine GONNU dans le Canton de Saint-Trivier-sur-Moignans.

• Dans l’ALLIER (03), ce n'est pas à proprement parler l'UDF qui siège, mais sa déclinaison départementale, l'URB, l'Union République Bourbonnaise qui vote des deux mains tous les textes de l'UMP présidée au conseil général par le Sénateur Gérard DERIOT. Pas de vote dissocié de la majorité jusqu’à présent. Amusante coïncidence, le responsable des jeunes UDF de l'Allier, Claude RIBOULET, conseiller général, est aussi attaché parlementaire de Yves SIMON, député UMP…

Dans les départements gérés par le PS, l’UDF est TOUJOURS dans l’opposition.


Dans les régions

Aux régionales de 2004, c'est dès le premier tour qu'UMP et UDF ont fait liste commune dans 6 régions : Alsace, Auvergne, Picardie, Provence Côte d'Azur, Rhône-Alpes, Poitou-Charentes (UMP + UDF + de VILLIERS).

Au 2ème tour, dans 16 régions il y a eu des listes communes UMP – UDF, élargies au parti de de VILLIERS en Poitou-Charentes, en Champagne Ardennes et en Haute Normandie.

Il n’y a plus qu’une seule région métropolitaine dirigée par la droite depuis 2004, l’Alsace. Son président est UMP, Adrien ZELLER. Son premier vice-président est UDF, Bernard STOESSEL.

Dans les communes

Du côté des mairies, cette alliance entre UMP et UDF est solidement enracinée, y compris dans les communes gérées par le parti de François BAYROU : Amiens, Annecy, Rouen, Saint-Brieuc…

• A Valenciennes (59), le maire successeur de Jean-Louis BORLOO est UMP. Dominique RIQUET, jusqu’en février 2004, tout en étant à l’UMP, était président du groupe UDF au conseil régional. Depuis 2004, il a été réélu sur la liste UMP, et préside le groupe UMP…

• A Romainville (93), lors de l’élection municipale partielle des 11 et 18 février 2007, en pleine campagne présidentielle, l’UDF et l’UMP ont fait liste commune, avec un positionnement très clair CONTRE LA GAUCHE (http://www.romainville-avenir.typepad.com/ ). Ils ont perdu ensemble, mais entrent au conseil municipal.

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