09 juin 2008

LA SECURITE DE L'EMPLOI SELON LES FATALS PICARDS

En cette fin d'année scolaire qui s'annonce, voici le clip de l'été pour les collègues enseignants... 

15 mai 2008

LES RAISONS DE LA COLERE

Pour une politique éducative ambitieuse - Appel à la grève le 15 mai

 

FERC-CGT, FSU, SGEN-CFDT, UNSA-EDUCATION, SUD EDUCATION
 


Dans l’Education nationale les mobilisations s’amplifient et portent l’exigence de moyens pour la réussite et la démocratisation du système éducatif. Le budget 2008 qui sera appliqué à la prochaine rentrée est fortement contesté.

Ces mobilisations s’opposent aux 11200 suppressions de postes qui entraîneront des classes surchargées, rendant impossible le suivi individuel des élèves. Dans le second degré cela va conduire à des disparitions de formations et d’options et la fin de dispositifs pédagogiques et de soutien innovants.

Conjuguée aux retraits de moyens, la mise en place précipitée, sans réflexion préalable et sans concertation suffisante, du bac pro 3 ans dans les LP, suscite des inquiétudes légitimes quant à la prise en charge des élèves en enseignement professionnel en particulier ceux qui sont en difficulté.

Dans le premier degré les projets de programmes traduisent une vision passéiste et rétrograde de l’Ecole, ainsi qu’un recul pédagogique et didactique. Ils remettent en cause les cycles et s’accompagnent d’une apparente volonté d’externaliser l’aide aux élèves en difficulté en rejetant la responsabilité de l’échec scolaire sur les familles.

Ce budget de rigueur et les suppressions de postes qui en découlent aurait des conséquences néfastes sur la qualité du service public dans l’Education nationale et dans l’Enseignement Agricole Public. Il se traduirait par une aggravation des conditions de travail pour l’ensemble des personnels (enseignants, ouvriers, administratifs, personnels de santé, sociaux, ...)

Les annonces budgétaires, la volonté de ne pas remplacer le départ en retraite d’un fonctionnaire sur deux pour les prochaines années, en lien avec la Révision Générale des Politiques Publiques et le projet de loi sur la mobilité, confirment que cette politique de régression pourrait s’installer dans la durée.

La transformation de l’Ecole implique une toute autre dynamique pour le système éducatif et pour les métiers de l’éducation.

Pour obtenir des budgets ambitieux qui permettent une transformation de l’Ecole,
Pour mettre en oeuvre une autre politique éducative visant la réussite de tous les élèves

Les organisations signataires appellent à poursuivre et amplifier les mobilisations en cours au plan national et local.

Elles appellent à faire du jeudi 15 mai une journée de grève nationale.

 

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Appel à la mobilisation pour une politique éducative ambitieuse dans les écoles

Jeudi 15 Mai : GRÈVE UNITAIRE DANS LES ÉCOLES à l’appel du SGEN-CFDT, du SE-UNSA et du SNUipp- FSU



Le budget 2008 qui sera appliqué à la prochaine rentrée dans les écoles ne permettra pas de faire face à la hausse démographique dans le premier degré : les effectifs des classes seront plus chargés et les dispositifs innovants plus difficiles à mettre en oeuvre. Le recrutement de vacataires retraités pour effectuer des remplacements d’enseignants en congé de maternité ou de maladie confirme s’il en était besoin la nécessité d’augmenter le nombre de postes au concours.

La politique éducative du ministère se met en place avec des décisions unilatérales prises sans concertation approfondie.

Le projet de programme traduit une vision passéiste et rétrograde de l’école, ainsi qu’un recul didactique et pédagogique. Il fragilise les cycles et remet en cause la maternelle dans son objectif d’offrir à tous les enfants une première expérience de scolarisation réussie. L’introduction de nouveaux contenus apparaît comme un affichage d’autant plus incohérent que le temps d’enseignement sera diminué de deux heures hebdomadaires en septembre 2008.

La mise en place des stages de remise à niveau pendant les vacances, les inquiétudes sur les missions et la pérennité des Rased et la volonté d’externaliser l’aide aux élèves en difficulté en rejetant la responsabilité de l’échec sur les familles ne permettront pas de diviser par trois le nombre d’élèves qui quittent l’école primaire en rencontrant des difficultés graves.

L’école a besoin d’un budget ambitieux et d’une toute autre politique éducative qui mette la réussite des élèves au centre de ses préoccupations. C’est pour affirmer avec force cette volonté que le SGEN-CFDT, le SE-UNSA et le SNUipp-FSU appellent les enseignants des écoles à faire du jeudi 15 mai une puissante journée nationale de grève, de rencontres avec la population et de manifestations dans tous les départements.

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Il faut une autre politique éducative

15 mai 2008, tous en grève !




Emploi

Dans beaucoup d’établissements, les dotations catastrophiques conduisent à des suppressions de postes et à une inflation d’heures supplémentaires. Un chantage scandaleux s’exerce même sur les enseignants qui sont poussés à en accepter pour faire fonctionner les projets.

La suppression de la carte scolaire accroît encore le phénomène et renforce les difficultés des établissements les plus plus mal lotis.

Dans l’Enseignement Agricole Public, cela conduit même à plafonner les effectifs et donc à refuser les élèves.


Pédagogie

Au collège, les nouveaux programmes ont été rédigés dans un secret plus ou moins grand suivant les disciplines et la concertation réduite qui s’annonce augure mal des possibilités d’agir positivement en français ou en technologie par exemple.

Au lycée, la seule bonne raison de diminuer les horaires d’enseignement serait de favoriser l’aide personnalisée et l’apprentissage du travail autonome. Cela exige le maintien des postes et la redéfinition du métier. De même, s’il est nécessaire d’en finir avec le formatage des filières, ce n’est pas pour économiser des postes mais bien pour favoriser la construction par l’élève de son parcours au lycée et au delà.

Mais le ministère prépare en catimini une réforme du lycée où les choix budgétaires idéologiques vont peser plus lourd que les besoins de formation des élèves.


Réussite de tous les élèves

Renonçant à créer les conditions de la réussite en classe, le ministre préfère créer un « acadomia public » en profitant de la baisse du pouvoir d’achat des collègues.

La multiplication des annonces et de mesures régressives entretient un climat qui déstabilise élèves et personnels.

Le Sgen-CFDT condamne la politique budgétaire qui met à mal le service public d’Éducation : suppression massive de postes et explosion des heures supplémentaires, recours systématique à la précarité et réduction des postes aux concours.

Le Sgen-CFDT utilisera tous les moyens dont il dispose pour améliorer la réussite des élèves comme les conditions de travail et de rémunération des personnels.

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Le Sgen-CFDT attend des garanties sur les moyens de la rénovation de la voie professionnelle.



Après douze réunions, le groupe de travail, issu du protocole de discussion signé le 18 décembre sur la rénovation de la voie professionnelle, est arrivé le 30 avril à un relevé de conclusions. Ce texte a fait l’objet de longs débats entre les positions de chacune des organisations syndicales présentes et les représentants du ministre. Plusieurs amendements du Sgen-CFDT y ont été intégrés. Globalement, son contenu nous apparaît comme compatible avec l’essentiel de nos revendications, notamment la possibilité d’effectuer le parcours en quatre ans, mais nous attendons des précisions importantes sur ce point.

Cependant, comme texte issu d’un compromis, il ne peut en aucun cas constituer un protocole d’accord que le Sgen-CFDT pourrait signer. Il manque de nombreux éléments sur la mise en oeuvre et plus précisément les moyens. Dans sa déclaration lors de la réunion du 30 avril, le Sgen-CFDT a demandé la traduction de ce relevé de conclusions en un protocole d’accord.

Pour cela il faudrait :

que le texte intègre impérativement des éléments précis concernant les moyens attribués aux équipes pédagogiques pour mettre en oeuvre cette rénovation ;

qu’il contienne des précisions importantes concernant la prise en compte de toutes les tâches, notamment le Contrôle en Cours de Formation, les effectifs compatibles avec une pédagogie individualisée, et le contenu de la 4e année de formation.


C’est en fonction des réponses apportées par le ministère et dans la vérification que cette rénovation de la voie professionnelle sera positive pour les élèves et pour les personnels, que le Sgen-CFDT se déterminera. 

02 février 2008

APPEL DES FEDERATIONS D’EDUCATION POPULAIRE POUR LES ARTS ET LA CULTURE AU QUOTIDIEN

Comme moi, en tant que militant pour la culture pour tous, en tant qu'enseigant et éducateur (BAFA et BAFD chez les Francas) et en tant que citoyen, signez l'appel de :

- Centres d’Entraînement aux Méthodes d’Education Active (CEMEA)
- Collectif Interassociatif pour la Réalisation d’Activités Scientifiques Techniques Internationales (CIRASTI)
- Conférération des maisons des jeunes et de la culture de france. (CMJCF)
- Confédération nationale des Foyers ruraux (FNFR)
- Fédération des centres sociaux et socioculturels de France (FCSF)
- Fédération Française des maisons des jeunes et de la culture (FFMJC)
- Fédération Nationale Léo Lagrange (FNLL)
- La ligue de l’enseignement
- Les FRANCAS
- L’Union Française des Centres de Vacances et de loisirs (UFCV)
- Peuple et Culture (PEC)

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APPEL 

Nous qui produisons, diffusons, accompagnons des œuvres partout en France,

Nous qui amenons les arts et la culture dans les villages, les quartiers, les écoles, et aussi dans la rue, dans les hôpitaux ou dans les prisons, qui organisons des festivals, des ateliers, des rencontres entre les professionnels et le grand public,

Nous qui développons et qualifions les pratiques artistiques des amateurs,

Nous qui soutenons une culture vivante de qualité, de courage, d’indépendance et de création, dans le cadre d’une politique nationale concertée et durable fondée sur l’intérêt général, en lien avec les artistes, les collectivités, les institutions, et les services de l’Etat,

Nous qui réunissons plusieurs dizaines de milliers d’emplois, plusieurs millions de bénévoles et autant de participants, Nous appelons solennellement l’État à réaffirmer la place des arts et de la culture dans le droit commun des politiques publiques.

Nous, fédérations signataires de la Charte Education populaire - Culture rappellons notre vive inquiétude sur l’actualité des orientations et des choix budgétaires du ministère de la Culture et de la Communication qui remettent en cause le travail quotidien des associations engagées dans la diffusion, l’éducation artistique, l’action culturelle et plus largement l’éducation populaire.

De profondes mutations sont en cours :
un désengagement budgétaire et politique de l’Etat sur la culture en dehors des arts majeurs, des industries culturelles et du patrimoine
une politique budgétaire qui tend à séparer la création, la diffusion, l’éducation artistique et l’action culturelle
l’avènement et la banalisation manifeste d’un discours fondé sur la libre concurrence dite « nécessaire » entre secteur marchand et action publique

Ces mutations se font sentir depuis plusieurs années, mais une accélération évidente est en œuvre. Elle remet en cause actions, projets et dispositifs d’éducation populaire dans leur fondement, dans leurs complémentarités comme dans leur simple existence. Le renvoi récurrent au mécénat ou au partenariat local fragilise les actions, aux dépens d’une politique nationale et de long terme (fondée sur des complémentarités et des péréquations), garantissant une forme d’égalité entre les territoires de la République.

Nous, fédérations signataires annonçons que nous suspendons sine die nos travaux et contributions dans le cadre de la Charte Education populaire - Culture tant que le Conseil national Education populaire Culture n’aura pas été réuni sous la présidence du Ministre de la Culture et de la Communication.

Nous appellons l’ensemble des militants et partenaires de leurs associations à :
travailler activement à l’explicitation de cette actualité auprès du grand public
mobiliser les élus sur ces questions
se joindre à toute initiative de mobilisation publique locale et nationale visant à réunir largement tous les secteurs artistiques et culturels

LE TRAVAIL DES PROFS (par Laurent Tarillon)

A PROPOS DES ENSEIGNANTS

Actuellement, le temps de travail d'un enseignant de collège ou de Lycée est de 18 heures par semaine (20 heures pour l'EPS). C'est, pour les professeurs certifiés, le seul élément fixe et clair relatif au temps de travail qui leur est demandé. Il a été fixé par un décret datant de1950.

Rendez-vous compte ! 18 heures par semaine ! Quel salarié ne voudrait pas travailler aussi peu pour d'aussi bons salaires ? (27 h semaine pour un instit, c'est dèjà plus raisonnable !)

Comment le législateur a-t-il pu créer en 1950 un statut aussi avantageux ?

En fait, ce temps a été conçu en prévoyant qu'un enseignant travaille 1,5 heures chez lui pour une heure devant élève afin de préparer ses cours, évaluer les élèves et actualiser ses connaissances dans sa discipline. Cela fait 18 fois 2,5 heures (1 devant les élèves et 1,5 à la maison), soit 45 heures hebdomadaires.

En effet, le temps de travail légal de l'époque s'il était légalement de 40 heures par semaine, était en réalité d'environ 42h par semaine, sur 50 semaines.

Mais que s'est-il passé depuis pour les enseignants ? Rien ! Alors que pour les autres salariés il y a eu la 3ème semaine de congés payés en 1956, puis la 4ème en 1969. Les 40 heures réelles ont été atteintes au début des années 70 (elles étaient un droit depuis 1936).

Mais ça n'est pas fini : il y a eu les 39 heures et la 5ème semaine en 1982, puis les 35 heures en 2000. En somme, le temps de travail hebdomadaire pour les salariés a baissé de 25%. Mais les enseignants doivent toujours le même service.

C'est au moins un enseignant qui écrit cela, vous dîtes-vous en lecteur éclairé ! Certes je l'avoue, je fais partie de ces privilégiés. Car comment peut-on parler de temps de travail sans parler des vacances ?

Eh bien justement, le législateur a tout prévu et cela de deux façons : D'abord, 45 heures dues quand les autres devaient 42, ça c'est pour les petites vacances (Toussaint, Noël, Pâques). Donc notre temps de travail était annualisé. Mais, et les 2 mois d'été alors ? Là, c'est un tout petit peu plus compliqué. Certains enseignants ne le savent même pas d'ailleurs. Cela se situe au niveau de la grille des salaires. Notre grille a été, elle aussi, fixée en 1950 au même niveau que les autres cadres de la fonction publique recrutés avec un concours au niveau Bac +3. Mais à cette grille, il nous a été retiré 2 mois de salaires, puis le résultat a été divisé par 12 (pour recevoir un salaire chaque mois). Par exemple si un inspecteur des impôts est payé 2000 Euros par mois il recevra 24000 Euros par an, alors que pour la même qualification,  un enseignant recevra aussi 2000 Euros par mois mais sur 10 mois, soit  20000 Euros par an. Cette somme est ensuite divisée par 12 et donne 1667 Euros par mois.

Eh oui, chers lecteurs, les enseignants ne sont pas payés pendant les grandes vacances. Oui bon d'accord, peut-être que nous ne sommes pas si privilégiés que cela concernant le temps de travail. Mais côté salaires, quand même, nous ne sommes pas à plaindre !

Soit, comparons : Nous sommes nettement en dessous de la moyenne des cadres du privé comme du public. Mais, à mes yeux, l'exemple le plus frappant de la dégradation de la valeur que la nation accorde à ceux qui éduquent ses enfants est le suivant : Le salaire de départ d'un enseignant en 1970 était 2 fois supérieur au SMIC. Aujourd'hui, il n'est plus que 1,2 fois plus élevé. Autrement dit, si comme le PS l'a écrit le SMIC augmentera de 25% au cours des 5 ans à venir (et l'UMP l'a augmenté au même rythme annuel dès cette année), un enseignant débutant gagnera moins que le SMIC.

Faudra-t-il en arriver là pour que la société se rende compte de la dégradation de notre situation?

Je n'évoquerais pas les conditions de travail, l'évolution des élèves, les réunions multiples, Alors oui, le décret de 1950 est vieux ! Il est vraiment temps de le toiletter comme le disent nos gouvernements ! Mais dans quel sens ? En travaillant plus pour gagner autant ?

Laurent TARILLON, Enseignant de sciences économiques et sociales, Grenoble. Merci de faire suivre aux enseignants et à ceux qui voient notre métier comme le nec plus ultra !

08 septembre 2007

LETTRE AU PRESIDENT SARKOZY

Le Président Sarkozy tente de renouer le dialogue avec les enseignants. Exercice périlleux. Décryptage, par un professeur de lycée professionnel, d’un texte généreux certes mais éloigné de la réalité du terrain.
 
 
M. le Président,5cbe4099354912e12e7d1b4a7011fbbf.jpg

Je tiens par la présente tout d’abord à vous remercier pour cette lettre adressée à l’ensemble des membres du corps enseignant. En effet, depuis quelques années, nul gouvernant ne semblait plus s’intéresser aux enseignants ou ne souhaitait engager le dialogue : chacun s’enfermait dans le confort pourpré de son cabinet ministériel en priant pour que jamais enseignant ne sollicitât son assistance. Après tout, la rue ne gouvernait-elle pas encore parfois naguère ?

Laisser passer la rentrée, ses traditionnelles grèves, promettre d’étudier la situation et temporiser… Après tout, les enseignants eux-mêmes et leurs syndicats déchirés sauraient bien se faire mal voir de la population…

En effet, les enseignants français sont rangés par la population, par les politiques, par les observateurs étrangers, dans la catégorie « râleurs nés » : ils sont toujours en grève ; ils râlent contre les baisses d’effectifs, contre les départs en retraite non remplacés, contre les postes de surveillants non pourvus, contre les postes de remplaçants non attribués, contre le nombre décroissant de postes aux différents concours d’admission ; ils râlent contre les sempiternelles baisses de moyens financiers, contre la dégradation de leurs conditions de travail, contre la désagrégation latente des locaux dans lesquels ils passent – avec leurs élèves – la majeure partie de leur temps ; ils râlent contre l’augmentation du nombre de tâches à accomplir et contre l’augmentation de leur temps de travail, eux qui sont toujours en vacances…

De plus, ces enseignants français, post-soixante-huitards abreuvés de slogans communistes et anticonformistes, demeurent d’ardents défenseurs des acquis sociaux et des libertés fondamentales. Mais voilà, le monde tourne, le monde évolue mais les enseignants, eux, n’évoluent pas : ils en sont restés à la défense du droit de grève, à l’éducation pour tous, à la laïcité dans les établissements scolaires, à la gratuité de l’instruction. Ce sont des gardiens d’un temple en ruines, les prêcheurs d’une doctrine révolue, des guerriers d’un combat d’arrière-garde.

En outre, ces mêmes enseignants se plaignent constamment de la dégradation du climat social, de la perte des valeurs fondamentales, de l’insécurité en hausse… Ils affirment que leur métier ne sera bientôt plus possible si les conditions de vie en amont de leurs élèves et de leurs familles ne s’améliorent pas.

Alors ces enseignants français, si fiers mais si peu modernes, n’intéressent plus personne. L’éducation n’est plus une priorité : elle a laissé place à la sécurité.

C’est pourquoi, M. le Président, je me réjouis de votre courageuse initiative destinée à renouer le dialogue, réhabiliter la fonction, restaurer la confiance, replacer l’éducation au centre de la vie sociale…

Je n’ai pas encore reçu votre lettre, M. le Président, alors je l’ai téléchargée depuis internet, depuis un site indépendant qui a eu la chance de se la procurer plus rapidement que moi. Et je l’ai lue, comme j’avais lu le livre humoristique de Luc Ferry, « Lettre à tous ceux qui aiment l’école », c’est-à-dire avec attention et espoir.

32 pages pour 2 réactions :

Tout d’abord, je suis étonnamment satisfait. En effet, comment peut-on ne pas être d’accord avec vous, M. le Président sur le fond de votre lettre ? Comment ne pas être d’accord sur les grands principes qui régissent nos modes de pensée quasiment depuis la Révolution française ? Egalité, laïcité, solidarité, respect… De grands principes assurément, mais aucun n’est novateur, aucun ne révolutionnera la profession.

Ensuite, je suis déçu, profondément déçu. Déçu de voir à quel point ce texte est loin des attentes pragmatiques des enseignants. Il ne sert à rien de prôner l’égalité si aucune mesure n’est avancée. Il ne sert à rien de prôner le respect si cela ne reste qu’un vœu pieux. Il ne sert à rien de fustiger la croissance de l’échec scolaire sans en combattre les causes…

M. le Président, dans votre texte, il est un certain nombre d’incohérences qui, malheureusement, dénotent à quel point un fossé se creuse entre vous et le monde de l’éducation:

Le monde professionnel absent à l’appel

Professeur de lycée professionnel, je n’ai rien lu sur l’avenir de l’enseignement professionnel, sur ses objectifs, sur ses moyens, sur sa revalorisation. L’enseignement professionnel, qui, à mon avis, est appelé à jouer un rôle prépondérant dans l’avenir de l’Education nationale, reste le parent pauvre de ce ministère : il est décrié, dévalorisé, déprécié. Les lycées professionnels accueillent trop souvent les élèves qu’on dit « faibles » ou « en difficulté », ces élèves que le système scolaire a depuis longtemps dégoûtés du savoir et de la connaissance. Mais rien n’est prévu pour redonner goût à ces jeunes, rien n’est proposé pour leur donner envie d’apprendre, envie de savoir, envie de s’ouvrir l’esprit. Une fois de plus, l’enseignant devra composer avec ses classes, accepter la violence verbale, la violence physique comme un impondérable du métier.
Les causes de l’échec scolaire absentes du débat

Nulle part dans votre lettre, M. le Président, vous ne vous interrogez sur les véritables causes de l’échec scolaire. Les enseignants n’en sont pas les seuls responsables !

Une école sélective ?

"nul ne (doive) entrer en 6e s'il n'a pas fait la preuve qu'il était capable de suivre l'enseignement du collège", "nul ne (doive) entrer en seconde s'il n'a pas fait la preuve qu"il était capable de suivre l'enseignement du lycée". Comment doit-on interpréter ces phrases ? L’école doit offrir à tous les moyens de se construire, dans le respect de l’égalité. Mais ces propositions laissent plutôt à penser qu’une sélection pourra être effectuée à l’entrée au collège ou à l’entrée au lycée. De quoi accroître la fracture qui existe entre les établissements scolaires, de quoi accroître la fracture qui existe en certaines zones géographiques d’éducation, de quoi accroître la fracture entre les élèves, entre les "bons" et les "moins bons".

Il y aurait à dire sur la suppression de la carte scolaire, qui, dans le meilleur des cas, ne fera que ghettoïser un peu plus les établissements dits sensibles. La sélection des élèves se fera à l’entrée, sur dossier scolaire, ce qui aura pour conséquence de rejeter un peu plus ceux qui sont déjà en marge du système. Dès lors, les postes seront fortement demandés et au jeu des mutations, seuls les plus anciens les obtiendront, rejetant également les nouveaux profs dans les établissements par défaut, c’est-à-dire sensibles.
L’épée de Damoclès : les allocations familiales

L’idée de supprimer (mettre sous tutelle) les allocations familiales des familles dont les enfants sont adeptes de l’absentéisme ne me paraît pas une bonne idée. Une fois de plus, les parents, bien souvent issus de milieux sociaux très défavorisés et dépassés par leurs propres enfants, vont devoir subir les conséquences. Responsabiliser les parents pour responsabiliser les enfants ? Et pourquoi ne pas responsabiliser les enfants, futurs citoyens de la Nation ? Je vois régulièrement des parents, convoqués à des conseils de discipline… Le père ne se présente pas à la convocation : il est le seul salarié de la famille et ne peut se permettre de manquer une journée de travail ; la mère parle à peine français et ne comprend pas toutes les subtilités administratives dont on lui parle ; le fils traduit, en omettant certainement la plupart des détails qui lui valent convocation… Comment responsabiliser ces parents, dont la bonne foi est évidente, dont l’envie d’intégration est évidente, mais dont l’autorité est de manière évidente supplantée par celle du fils ?
Faire plus avec moins

Enfin, le point certainement le plus sensible de votre intervention : vous encouragez les collègues à faire plus avec moins de moyens. Moins de moyens financiers – il suffit de voir la misère des locaux de certains établissements scolaires – et moins de moyens humains. Les postes non pourvus font cruellement défaut. Comment peut-on espérer une école de l’égalité des chances, quand en maternelle – période fondamentale dans l’acquisition des bases - les classes sont chargées à 30 ? Comment peut-on espérer revaloriser l’enseignement professionnel dans des sections chargées à 30 élèves ? Comment peut-on pratiquer l’aide individualisée, le suivi personnalisé lorsque l’on a en charge 30 élèves – à multiplier par le nombre de classes ?

Moins d’enseignants (11000 suppressions au budget 2008), moins d’éducateurs, moins de surveillants… mais toujours plus de difficultés.

Moins de moyens financiers, moins d’ordinateurs, moins de matériel vidéo… mais toujours plus d’activités à exercer.

Moins de locaux salubres,
moins de salles de permanence, moins d’espaces de travail ou de recherche… mais toujours plus d’élèves à tirer vers le haut.

Moins de moyens humains, c’est également moins de remplaçants. Il existe une catégorie d’enseignants titulaires dont le métier est d’être remplaçants. Des TZR, on les appelle. Ce sont des professeurs dont l’unique mission est de subvenir aux besoins ponctuels ou de plus longue haleine dans les établissements scolaires de leur zone. Ces postes sont supprimés, un TZR qui demande un poste fixe n’est pas remplacé. Alors qui doit assumer les charges de remplacement ? Les enseignants du lycée ! Chacun peut être appelé, le matin même, à remplacer un collègue absent. Peu importe l’heure, peu importe la classe, peu importe la matière ! Un prof de dessin peut prendre en charge 2 heures une classe qu’il n’a pas habituellement… pour faire de la garderie.

Cela me fait penser, M. le Président, que je n’ai rien lu sur la formation des maîtres et sur la réforme des moyens de recrutement. Il y aurait à ce sujet tant à dire ! Rien non plus sur la recherche et l'enseignement universitaire.

Vous le voyez, M. le Président, il ne s’agit pas forcément de revendications salariales, même si l’on sait qu’un coup de pouce sur le pouvoir d’achat ne serait pas malvenu. Il s’agit au moins de conditions de travail. Dans mon établissement, il n’y a qu’un seul photocopieur – en panne de puis la rentrée - pour 100 profs, il n’y a que 2 salles équipées de lecteur DVD, il n’y a, pour les enseignants, que de minuscules casiers pour ranger les affaires.

Mais puisque vous insistez, parlons salaires. Les média s’amusent sans cesse à faire croire au grand public que ces profs nantis et toujours en vacances gagnent une fortune ! La plupart du temps, les exemples pris par les journalistes sont ceux d’agrégés à 3500€ (salaire brut), mais ils sont en fin de carrière et font des heures supplémentaires à des post-BAC (des colles). Mais ils ne représentent pas l’ensemble du corps enseignant ! Une simple minorité. Un instituteur en début de carrière, au moment où l’argent se fait nécessité, gagne environ 1400€ (salaire brut). Avec environ 10 ans d’ancienneté, un enseignant gagne environ 1900€ (salaire brut). Alors évidemment, à tel tarif, on accepte les heures supplémentaires, les heures de soutien et tout ce qui permet de mettre un peu de beurre dans les épinards.

97751af4578bd489df7614359dabba44.jpgMais voyez-vous, M. le Président, aujourd’hui vous organisez un conseil ministériel décentralisé. Bien que fervent défenseur de la décentralisation, je ne vois toutefois pas l’intérêt d'une telle opération. Mais c’est une autre histoire… Cependant, si l’on considère les dépenses liées à cette opération de communication (billets aller-retour Paris-Strasbourg en TGV ou en avion pour les 16 ministres, accompagnés au minimum d’un garde du corps et d’un proche collaborateur, et pour le Président, entouré de son équipe, soit au bas mot 10 personnes), on se dit que cela frise la gabegie. Mais si à cela on ajoute le coût de l’opération « une lettre aux enseignants », évalué selon certaines sources à 500.000€, on se dit que voila de l’argent dont l’Education nationale a réellement besoin qui part en fumée…

M. le Président, cette lettre restera, pour moi, comme un opération de communication de plus. Dommage, l’initiative était intéressante.

Veuillez agréer, M. le Président, l’expression de mes meilleurs sentiments.
 
David Sarrado
Professeur de Lycée Professionnel